Après le très remarqué Purplecoolcarsleep de ses débuts en 2003, suivi par ce que le magazine Rolling Stones a salué comme « le plus excitant album de trio piano de l’année 2005 », Bantha Food (2005), voici Insomniac Wonderworld, le troisième album du Carsten Daerr Trio, avec Oliver Portratz (contrebasse) et Eric Schaefer (batterie). Le saxophoniste Uwe Steinmetz apparaît comme invité sur deux titres.
Insomniac Wonderworld - le titre est évocateur. Par exemple : le monde nocturne des créatures sans sommeil, tel qu’il apparaissait dans le film de 1959 de Jürgen Roland Unser Wunderland bei Nacht (Nos merveilles de la nuit). Le réalisateur combine des scènes de la vie nocturne de Hambourg avec le style de narration du film noir américain, afin de créer sa propre esthétique. Avec la musique du pianiste Carsten Daerr (né en 1975) on se trouve à peu près face au même mécanisme : pendant des années, il a tenté d’élargir son univers par l’harmonisation du jazz américain avec ses racines allemandes et de trouver un chemin vers sa propre expression, sa propre langue.
L’insomnie de Insomniac Wonderworld ne signifie pas pour Carsten Daerr une simple agitation nerveuse, mais beaucoup plus un état de vigilance accrue, dans lequel l’étonnement se maintient. Carsten Daerr a conservé la capacité de s’émerveiller devant les choses et de jouer littéralement entre les lignes. Les impressions de son voyage en Asie du Sud-Est ne sont pas intégrées dans ses oeuvres sous forme de souvenir folkloriques, mais comme une dynamique.
Sur des titres comme Manille, Kuala Lumpur, Singapour et Jakarta, il devient évident que le voyage est le thème central de l’album. Ces destinations servent de point de départ pour cinq des douze titres. L’atmosphère, l’architecture et les fonds sonores de ces métropoles asiatiques sont évoquées dans ces compositions.
Daerr joue avec les structures ouvertes du jazz, quitte le chemin déjà parcouru et cherche de nouvelles perspectives pour décrire des lieux. Les résultats de cette approche cosmopolite sont des thèmes tels que l’énergique Manille, l’étrange et impénétrable Penang, ou Singapour, qui commence comme un instrumental des années soixante, devient de plus en plus complexe, et fini tout à coup par rappeler le reggae et le dub. Carsten Daerr, semble-t-il, n’est étranger à rien en musique.
Des compositions plus introspectives provoquent un contraste avec le reste du disque : en premier lieu, le lyrique Epilog (for my father), et le solo Lucia. Ces hommages créent un quasi antagonisme au "chansons de voyage". L’autre césure provient de la contribution du batteur Eric Schaefer à l’album. Notamment dans le sauvage Negative FX, où il semble se pencher sur l’influence du hardcore des années 80.
Après plusieurs années d’existence le trio de Carsten Daerr offre avec Insomniac Wonderworld un nouvel univers sonore et laisse l’étonnement à l’auditeur."
Insomniac Wonderworld est paru le 26 octobre 2007 sur le label Traumton records.
En accord avec Tobias Schuster / Shoestring_Jazz_Booking (www.shoestring-jazz.de)
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